Vacant Country
vacant-country-croissant-2.jpg

Rayon Boulangerie

Aussitôt, je comprends qu'elle a jeté son dévolu sur les deux pains au chocolat que je convoitais tant.

Rayon boulangerie

 

Blanc est la couleur du plafond que je fixe mollement. C'est la couleur des draps sur lesquels je suis étalé, immobile. Une douce léthargie qui s’est installée dans mes pensées… Couché de tout mon long, noyé dans un tourbillon de pensées; elles défilent à une vitesse infernale tel un zapping acharné. Mais ce bourdonnement reste lointain, un bruit sourd qui n’arrive pas à me donner le vertige. Légères et éphémères, elles ne font que traverser mon esprit pour disparaitre aussi vite. Curieux, cet amoncèlement de données qui ne m’atteint pas.

9h00. 
Il est temps de me lever si je ne veux pas arriver en retard à ma réunion. Mon cerveau pousse des cris alarmés tandis que mon corps semble totalement dépourvu de volonté.

9h10. 
Je m’assieds au bord du lit. Par réflexe, je me penche au-dessus de l’écran de mon téléphone. Trois e-mails déjà. Pas le temps de les lire. Je file sous la douche où je me brosse les dents, me savonne et me lave les cheveux simultanément. Une routine soigneusement programmée qui m’évite de penser. Je m’habille en vitesse et j’enfile mes baskets.

9h30. 
Je suis déjà en retard. J’enfourche mon vélo et je me précipite au supermarché pour m’acheter deux pains au chocolat. En arrivant au rayon boulangerie je bute sur une femme corpulente. Le regard amorphe, elle scrute l’étalage et empoigne la pince à pain. Elle semble hésiter… Il ne reste plus que deux pains au chocolat dans le tiroir. Á mon grand soulagement, la dame ouvre le compartiment à croissant et en glisse un dans son sac. Elle se redresse pour mieux voir le choix de patisseries qui s’offre encore à elle. Je commence à m’impatienter.

Soudain, je remarque qu'une faible lueur de délectation lui traverse le visage. Aussitôt, je comprends qu'elle a jeté son dévolu sur les deux pains au chocolat que je convoitais tant. J’anticipe le mouvement de la pince à pain et, d’un brusque coup d'épaule, je m’interpose pour ouvrir le tiroir et m’emparer du précieux sésame à pleines mains. La grosse éructe d’un cri de surprise mais elle n’a pas le temps de réagir que déjà je me dirige vers les caisses. †

 
 

— BANDE SON —

 

— CREDITS —

Texte & Dessins: Matthieu Regout

 

— INDEX —